La fête des Pères sans mon père

La fête des Pères sans mon père

Mon père est mort le 1er octobre 2021. C’est la première fois que je ne l’appelle pas pour lui dire : « Bonne fête des Pères, Le Vieux. Merci de m’avoir mise au monde. »

Le Vieux, est le surnom de Bertrand Côté, qu’il a assumé dès l’âge de 43 ans, à la suite de la naissance de son 12e enfant. Tout le monde qui avait développé une certaine proximité avec lui le nommait ainsi. Il y a tellement à dire de cet homme qui en a fait beaucoup pour sa grande famille dans notre village où, avec ma mère, il nous a fait grandir et devenir des personnes remarquables.

La mort nous rend parfois vulnérables et nous rappelle qu’il n’y a rien de permanent dans l’univers. Tout est en transformation. Alors lorsque je pense à mon père, en ce jour de la fête des Pères, je me sens en vie et je me rappelle que je dois vivre pleinement chaque jour.

La fête des Pères pour moi rime avec des hamburgers et guimauves noircis sur le BBQ au charbon, une piscine remplie d’enfants qui rient et se donnent des défis; les plongeons à la Tarzan, les orteils qui se cognent sur le rebord de la piscine, les bombes et les « flats », les baleines gonflables prisent dans le tourbillon causé par le courant circulaire des baigneurs.

C’est le temps de la préparation du jardin, de récolter les fraises des champs rapidement avant la tonte du premier gazon, la fin des classes et le début des vacances d’été. Le Solstice qui nous permettait comme enfant de rester dehors une heure après le coucher du soleil pour jouer avec nos voisins à la « tag » ou espionner leurs parents. Ma mère appelait le voisinage pour les aviser que des espions rodaient. La préparation du feu de camp de la Saint-Jean et les feux d’artifice de la ville de Joliette ou Saint-Paul que nous regardions assis sur le toit du garage. Les randonnées à pied, à vélo ou en moto « minitrail » dans la forêt de monsieur Forget. Des soirées, sur la balançoire de notre galerie, à écouter les criquets et regarder le ciel étoilé, écoutant les histoires de mes parents et les aventures de mes frères et sœurs plus âgés.

J’ai grandi à la campagne dans une maison modeste et chaleureuse, comblée d’une grande famille. Notre maison avait une salle de toilette et bain-douche, un grille-pain à deux « toasts », une poêle en fonte qui cuisait les meilleurs crêpes et pains dorés. Le sirop d’érable coulait à flots et il y avait toujours du pain et du miel pour quiconque rentrait dans notre maison au petit-déjeuner. Le matin était un moment de prédilection chez nous. Mon père s’entrainait au sous-sol, pour ensuite mettre de la musique de Tino Rossi, Michel Sardou et Joe Dassin, il se rasait et préparait son petit-déjeuner. Il mangeait souvent de la cervelle, du boudin, des rognons ou de la langue de bœuf qui embaumait notre maison de ces odeurs particulières. Ma mère, pour sa part, avait mis une table pour accueillir sa marmaille. Assise confortablement dans son fauteuil, avec un livre et son café, elle contemplait le lever du soleil sur les champs de récoltes à venir.

À la naissance de nos filles, Denis et moi avons voulu reproduire cette ambiance de maison accueillante où nous pourrions créer des souvenirs ensemble. Notre maison est toujours ouverte pour notre famille élargie, nos voisins et nos amis.

À cause de ma profession et le développement de l’entreprise Voluntas, nos filles ont passé plusieurs moments en solo avec leur père. Des voyages à Paris et en voiture de Montréal à Winnipeg pour visiter la famille, où les règles de maman étaient écartées pour quelques jours. Des heures passées sur les terrains de soccer, sous la pluie et le soleil, les cours de natation à 8h et les compétitions avec les voisines. Elles ont une fierté de dire que leur père a montré à plusieurs enfants de notre rue à rouler à vélo à deux roues.

Les moments particuliers du début des vacances d’été comprennent les sorties dans notre beau canoë de cèdres sur le lac Saint-Louis et des Deux-Montagnes, les œuvres d’art de fêtes des Pères confectionnés à l’école : des tasses, des roches, des cadres avec leurs mignonnes photos, des lettres écrites à la main avec des messages à conserver dans les souvenirs précieux, de cette époque où tous les pères sont des super héros. Les courses en maillots de bain sous les ondées de grandes tempêtes ou sous l’arrosoir connecté au boyau d’arrosage. La créativité des enfants à inventer des jeux avec des objets inusités. Les rires incontrôlables pour des raisons inconnues, les courses dans le parc ou lors d’évènements organisés, les Mini-O de Kirkland, les repas sur notre terrasse, les films regardés collés sur le divan ou dans les parcs de la ville à se faire manger par les maringouins.

La liste de souvenirs est interminable. Des odeurs, des couleurs, des sons, des saveurs, un touché, des sentiments les font resurgir. Ils passent en boucle, comme si la répétition aidait à transformer quelque chose en nous.

Nous avons tous des souvenirs créés par nos pères ou des hommes qui ont agi comme un père, un modèle masculin qui nous a influencés. Merci à tous ces hommes… Bonne fête des Pères !

Créé par Stéphanie Côté, le 19 juin 2022

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